Points clés à retenir
- Le recouvrement de créances (amiable ou judiciaire) est strictement encadré en France par le Code civil, le Code de procédure civile et le Code des procédures civiles d’exécution.
- Toute action suppose une créance certaine, liquide et exigible, non prescrite (en pratique 2 ans pour de nombreuses dettes de consommation, 5 ans entre professionnels selon l’article 2224 du Code civil).
- Le recouvrement amiable constitue la première étape obligatoire en pratique (relances, mise en demeure) avant l’injonction de payer ou les autres voies judiciaires.
- Les frais de recouvrement sans titre exécutoire restent en principe à la charge du créancier et les pratiques agressives ou trompeuses (faux « jugement », menaces infondées) sont pénalement réprimées.
- Le débiteur conserve des droits fondamentaux : contester la dette, demander des délais de paiement, signaler les abus aux autorités compétentes.
Introduction : qu’est-ce que le recouvrement ?
Le terme recouvrement désigne l’ensemble des moyens et démarches permettant à un créancier d’obtenir le paiement d’une somme d’argent qui lui est due. Cette activité concerne aussi bien les entreprises que les bailleurs, les banques, les professionnels de santé ou les particuliers.
- Définition pratique : le recouvrement de créances englobe toutes les actions, amiables puis judiciaires, visant à récupérer des impayés – factures en retard, loyers non réglés, échéances de crédit, honoraires, pensions alimentaires.
- Distinction fondamentale : on distingue le recouvrement amiable (dialogue, relances, négociation, mise en demeure) du recouvrement judiciaire (obtention d’un titre exécutoire, saisies par commissaire de justice).
- Enjeux majeurs : préserver la trésorerie des entreprises, éviter l’accumulation des impayés, respecter les droits du débiteur et prévenir les situations de surendettement.
- Cadre légal : en France, cette procédure obéit à des règles strictes issues du Code civil, du Code de la consommation et du Code des procédures civiles d’exécution.

Conditions de validité d’une créance : certaine, liquide et exigible
Avant toute démarche de recouvrement, le créancier doit impérativement vérifier que sa créance remplit trois conditions cumulatives. Sans cela, aucune procédure ne pourra aboutir.
La créance doit être certaine.
Elle repose sur un fait ou un acte juridique réel et n’est pas sérieusement contestable. Par exemple :
- Un contrat signé le 10 janvier 2024
- Une facture n°F2024-0315 émise le 15 mars 2024
- Une reconnaissance de dette manuscrite
- Un bon de commande accepté par courriel
La créance doit être liquide.
Le montant dû est chiffré ou objectivement déterminable. Exemple : 3 250 € TTC selon facture n°F2024-0315, incluant le principal, les intérêts de retard et la TVA applicable.
La créance doit être exigible.
La date d’échéance prévue au contrat ou sur la facture est dépassée. Par exemple, si les conditions générales prévoient un paiement à 30 jours fin de mois et que la facture date du 15 mars 2024, l’exigibilité intervient le 30 avril 2024.
La créance ne doit pas être prescrite.
Les délais de prescription varient selon la nature de la dette :
- 2 ans pour de nombreuses dettes d’un professionnel envers un consommateur (article L.218-2 du Code de la consommation)
- 5 ans pour les créances civiles et commerciales courantes (article 2224 du Code civil)
- Délais spécifiques pour loyers, salaires, impôts
La charge de la preuve incombe au créancier.
Il doit conserver et produire tous les justificatifs : contrats, bons de commande, bons de livraison signés, courriels d’acceptation, relevés de compte. En cas de litige devant le tribunal, ces pièces seront déterminantes.
Recouvrement amiable : relances, négociation et mise en demeure
Le recouvrement amiable représente la première étape indispensable avant tout recours au juge. Cette phase vise à obtenir le paiement par le dialogue, sans engagement de frais de justice.
Chronologie type d’une procédure amiable :
- Première relance (J+5 à J+10 après échéance)
- Lettre simple ou courriel courtois
- Rappel du numéro et de la date de facture
- Mention du montant exact et des pénalités de retard applicables
- Proposition d’un nouveau délai de paiement
- Relances téléphoniques
- Prise de contact directe avec le débiteur
- Vérification de la bonne réception des factures
- Compréhension de la situation financière
- Proposition d’un échéancier réaliste (par exemple 6 mensualités avec dates précises)
- Lettre de mise en demeure de payer
- Envoi en recommandé avec accusé de réception (LRAR)
- Fondement légal : article 1344 du Code civil
- Contenu obligatoire : montant détaillé (principal, intérêts, clause pénale si prévue)
- Délai ferme : généralement 8 à 15 jours
- Avertissement des suites judiciaires possibles (injonction de payer, assignation)
Cette mise en demeure peut interrompre la prescription si elle respecte les formes légales : adressée au bon débiteur, avant expiration du délai, avec un contenu précis.
Le recouvrement amiable peut être géré en interne (service comptabilité, contentieux) ou confié à un tiers (société de recouvrement, commissaire de justice) dans le cadre d’un mandat écrit.

Intervention des sociétés de recouvrement
Les sociétés de recouvrement exercent une activité de recouvrement pour compte d’autrui, strictement encadrée par la réglementation française.
Obligations légales des sociétés de recouvrement :
- Déclaration préalable au procureur de la République du lieu de leur siège avant de démarrer leur activité (article R.124-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution)
- Convention écrite de mandat avec le créancier mentionnant la rémunération, la nature des actions autorisées et la durée
Moyens utilisés :
- Lettres de relance et mises en demeure
- Courriels et appels téléphoniques
- Visites à domicile (sans droit d’entrer sans accord du débiteur)
Rémunération et frais :
- Souvent proportionnelle aux sommes effectivement encaissées (honoraires de succès)
- Les frais ne peuvent être imputés au débiteur que dans les cas prévus par la loi ou par une clause contractuelle licite
Pratiques interdites :
- Se présenter comme détenteur d’un « jugement » inexistant
- Menacer de saisie immédiate sans titre exécutoire
- Laisser entendre une inscription au casier judiciaire en cas de non-paiement
- Harcèlement téléphonique ou contacts répétés abusifs
Rôle des commissaires de justice en phase amiable
Depuis le 1er juillet 2022, la profession de commissaire de justice regroupe les anciens huissiers de justice et commissaires-priseurs judiciaires. Ces professionnels peuvent intervenir dès la phase amiable du recouvrement.
Leurs moyens d’action en phase amiable :
- Envoi d’une sommation de payer valant mise en demeure, avec un fort impact psychologique
- Contact par courrier, téléphone ou visite au domicile du débiteur
- Production du mandat justifiant leur intervention (identité du créancier, montant exact, nature de la dette)
Limites de leur intervention sans titre exécutoire :
- Impossibilité de saisir des biens
- Interdiction de pénétrer dans un domicile sans autorisation
- Respect de la vie privée et confidentialité des échanges
Le commissaire de justice confère une dimension officielle à la demande, mais n’a pas plus de pouvoirs coercitifs qu’une société de recouvrement tant qu’aucun titre exécutoire n’a été obtenu.
Recouvrement judiciaire : obtenir un titre exécutoire
Lorsque le recouvrement amiable échoue ou que le débiteur conteste la dette, le créancier doit se tourner vers la justice pour obtenir un titre exécutoire. Sans ce document, aucune saisie n’est possible.
Principe fondamental : aucune saisie (sur salaire, compte bancaire, véhicule, mobilier) ne peut être pratiquée sans titre exécutoire délivré par une juridiction ou une autorité habilitée.
Types de titres exécutoires :
- Jugement d’un tribunal
- Ordonnance d’injonction de payer revêtue de la formule exécutoire
- Acte notarié exécutoire
- Titre délivré par un commissaire de justice dans le cadre de la procédure simplifiée
Principales voies judiciaires en France :
| Procédure | Seuil / Conditions | Tribunal compétent |
|---|---|---|
| Procédure simplifiée de recouvrement | Créances < 5 000 € | Commissaire de justice |
| Injonction de payer | Créance certaine, liquide, exigible | Tribunal de commerce ou tribunal judiciaire |
| Référé-provision | Créance non sérieusement contestable | Juge des référés |
| Assignation au fond | Contestation sérieuse, montants élevés | Tribunal de commerce ou tribunal judiciaire |
Avant toute saisine, il convient de vérifier la compétence matérielle (commerciale ou civile) et territoriale (domicile du débiteur, lieu de livraison, lieu d’exécution du contrat).

Procédure simplifiée des petites créances (moins de 5 000 €)
Cette procédure simplifiée de recouvrement est réservée aux créances inférieures à 5 000 € (intérêts et pénalités compris). Elle permet d’obtenir un titre exécutoire sans passer devant le tribunal.
Déroulement de la procédure :
- Le créancier mandate un commissaire de justice
- Le commissaire invite le débiteur à participer à la procédure par lettre recommandée avec avis de réception ou par voie électronique sécurisée
- Le débiteur dispose d’un délai d’un mois pour accepter ou refuser
- En cas de refus ou de silence : retour vers une autre voie (injonction de payer, assignation)
- En cas d’acceptation : formalisation d’un accord (éventuellement avec échéancier)
- Le commissaire de justice délivre un titre exécutoire simplifié
Avantages et limites :
- Adaptée aux petites créances et aux débiteurs de bonne foi
- Rapide et moins coûteuse qu’une procédure judiciaire classique
- Inefficace en cas de contestation sérieuse ou de mauvaise volonté manifeste
Injonction de payer
La procédure d’injonction de payer constitue la voie judiciaire la plus courante pour le recouvrement de créances non contestées.
Étapes de la procédure :
- Dépôt de la requête
- Formulaire Cerfa complété avec pièces justificatives
- Tribunal de commerce pour les créances entre commerçants
- Tribunal judiciaire pour les autres cas (locataire, particulier)
- Examen par le juge (sans débat contradictoire)
- Rejet si créance insuffisamment prouvée
- Ordonnance portant injonction de payer si la demande est fondée
- Signification au débiteur par commissaire de justice
- Le débiteur peut former opposition dans un délai d’un mois
- En cas d’opposition : examen contradictoire du litige
- Titre exécutoire
- En l’absence d’opposition, l’ordonnance devient exécutoire
- Permet les saisies : compte bancaire, rémunération, saisie-vente
Conditions de recevabilité :
- Créance certaine, liquide, exigible
- Non prescrite
- Justifiée par pièces (contrats, factures, échanges écrits)
Référé-provision
Le référé-provision offre une alternative rapide à l’injonction de payer lorsque la créance n’est pas sérieusement contestable.
Caractéristiques :
- Procédure d’urgence devant le juge des référés
- Créance certaine et exigible requise
- Débat contradictoire : les deux parties sont entendues
- Ordonnance provisoire rendue rapidement
Avantages :
- Exécution immédiate à titre provisoire
- Permet de pratiquer des mesures de saisie à hauteur de la provision accordée
- Même en cas de contestation ultérieure au fond, le créancier dispose d’un titre
Cette voie est particulièrement adaptée lorsque le débiteur conteste de mauvaise foi ou tente de gagner du temps.
Assignation au fond
L’assignation au fond s’impose lorsqu’un véritable débat juridique est nécessaire.
Situations concernées :
- Contestation sérieuse de la créance
- Montants élevés justifiant un examen approfondi
- Échec d’une injonction de payer (opposition) ou d’un référé-provision
- Complexité du litige nécessitant une expertise
Déroulement :
- Assignation devant le tribunal compétent (commerce ou judiciaire)
- Échanges de conclusions et pièces entre les parties
- Éventuelle expertise judiciaire
- Audition des parties
Jugement :
- Condamnation au paiement du principal, des intérêts, des frais
- Éventuels dommages-intérêts pour le préjudice subi
- Constitue un titre exécutoire
- Recours possibles : appel (seuil usuel de 5 000 €), pourvoi en cassation
Encadrement légal du recouvrement et protection du débiteur
La loi française protège le débiteur contre les pratiques abusives tout en permettant au créancier de faire valoir ses droits légitimes.
Principe sur les frais de recouvrement :
- Sans titre exécutoire, les frais de recouvrement amiable restent à la charge du créancier
- Exceptions : indemnité forfaitaire de 40 € pour retard de paiement entre professionnels (article L.441-10 du Code de commerce) ou clause contractuelle valable
Sanctions pénales :
- Facturation abusive de frais illégaux : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende
- Pratiques commerciales trompeuses sanctionnées par le Code de la consommation et le Code pénal
Obligations des professionnels du recouvrement :
- Interdiction des menaces infondées et du harcèlement téléphonique
- Interdiction des visites répétées ou contacts avec des tiers (employeur, famille) sans base légale
- Interdiction de se présenter comme « officier ministériel mandaté pour une saisie » sans titre
- Interdiction de produire de faux documents (faux jugements, fausses mentions « titre exécutoire »)
Recours du débiteur en cas de violation :
- Plainte pénale auprès du procureur de la République
- Signalement à la DGCCRF (pratiques commerciales trompeuses)
- Saisine d’un médiateur spécialisé ou d’une association de consommateurs
Droit fondamental du débiteur : il peut toujours payer directement son créancier, même lorsqu’une société de recouvrement est mandatée.

Comment réagir en tant que débiteur face à un recouvrement ?
Recevoir un courrier ou un appel de recouvrement peut être stressant. Voici les bonnes pratiques pour réagir de manière appropriée.
Premières vérifications à effectuer :
- Contrôler l’identité du créancier et la référence de la créance (numéro de facture, contrat, date)
- Vérifier le détail du montant réclamé (principal, intérêts, frais)
- S’assurer que la créance est bien certaine, liquide, exigible et non prescrite
- Demander par écrit (lettre recommandée ou courriel) tous les justificatifs manquants
Options selon votre situation :
| Situation | Action recommandée |
|---|---|
| Créance justifiée et payable | Proposer un règlement immédiat ou un échelonnement écrit, conserver les preuves de paiement |
| Créance contestée | Contester par écrit de manière argumentée auprès de la société de recouvrement et du créancier |
| Créance prescrite | Invoquer la prescription par courrier recommandé |
En cas de difficultés financières durables :
- Contacter la commission de surendettement de la Banque de France (pour les particuliers)
- Demander au juge des délais de paiement pouvant aller jusqu’à 2 ans (article 1343-5 du Code civil)
- Constituer un dossier complet de votre situation financière
En cas de pratiques abusives :
- Consigner les dates et contenus des appels et courriers
- Adresser une mise en demeure à la société de recouvrement de cesser ces pratiques
- Saisir la justice ou les autorités de contrôle (DGCCRF)
- Prendre conseil auprès d’un professionnel du droit ou d’une association de consommateurs
FAQ – Questions fréquentes sur le recouvrement de créances
Un créancier doit-il obligatoirement envoyer une mise en demeure avant d’aller en justice ?
La mise en demeure n’est pas toujours légalement « obligatoire », mais elle est quasi indispensable en pratique pour plusieurs raisons :
- Elle marque officiellement le retard du débiteur et fait courir les intérêts de retard
- Elle est souvent exigée par les tribunaux pour certaines procédures, notamment l’injonction de payer
- Elle peut interrompre la prescription si elle est formulée correctement
Le conseil pratique : envoyez systématiquement une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception avant d’engager toute action judiciaire. Ce document constituera une pièce essentielle de votre dossier.
Combien de temps a-t-on pour agir en recouvrement d’une créance ?
Les délais de prescription varient selon la nature de la créance :
- 2 ans pour de nombreuses créances d’un professionnel contre un consommateur (article L.218-2 du Code de la consommation) : téléphonie, énergie, crédit à la consommation
- 5 ans pour la plupart des créances civiles et commerciales (article 2224 du Code civil), notamment entre entreprises
- Délais spécifiques pour certaines créances : loyers (3 ans), salaires (3 ans), impôts (variable selon le type)
Des actes comme une mise en demeure, une assignation ou une reconnaissance de dette peuvent interrompre ou suspendre ces délais. En cas de doute, consultez un professionnel du droit pour vérifier l’état de prescription de votre créance.
Le créancier peut-il me facturer les frais de recouvrement amiable ?
En l’absence de titre exécutoire, les frais de recouvrement amiable restent en principe à la charge du créancier. Des exceptions existent :
- L’indemnité forfaitaire de 40 € entre professionnels en cas de retard de paiement (article L.441-10 du Code de commerce)
- Une clause contractuelle valable prévoyant certains frais, sous réserve du contrôle des juges
Si vous recevez une demande de frais manifestement illégale ou disproportionnée, contestez-la par écrit en vous référant aux textes applicables. Les tribunaux sanctionnent régulièrement les demandes de frais abusifs.
Une société de recouvrement peut-elle saisir mon salaire ou mon compte bancaire ?
Aucune société de recouvrement, ni même un commissaire de justice en phase amiable, ne peut pratiquer une saisie sans titre exécutoire (jugement, ordonnance d’injonction de payer exécutoire, acte notarié exécutoire).
Seule l’exécution forcée fondée sur un titre exécutoire permet :
- La saisie sur salaire (saisie des rémunérations)
- La saisie-attribution sur comptes bancaires
- La saisie-vente de biens mobiliers
Ces mesures sont strictement encadrées par le Code des procédures civiles d’exécution et prévoient des quotités insaisissables pour protéger le débiteur.
Que faire si je reçois un courrier menaçant de saisie immédiate sans jugement ?
Face à ce type de courrier :
- Vérifiez s’il existe réellement un titre exécutoire mentionné (référence de jugement, date, tribunal)
- Demandez copie du titre si nécessaire
- Si aucune décision de justice n’a été rendue et que le courrier laisse croire à une saisie imminente, il peut s’agir d’une pratique trompeuse
Ces menaces infondées peuvent être signalées :
- À la justice (plainte pénale)
- À la DGCCRF (pratiques commerciales trompeuses)
Répondez par écrit en contestant les menaces et, si besoin, prenez conseil auprès d’un professionnel du droit ou d’une association de consommateurs. Vous disposez du droit de rétention de vos documents jusqu’à clarification de la situation.
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